Calédonie Ensemble :
« Il faut donner une chance ultime au dialogue »
Calédonie ensemble a réuni environ 200 personnes, mardi soir à l’Université, pour une « rencontre citoyenne ». Très critiques envers la provincialisation voulue par Pierre Frogier, Philippe Gomès et Philippe Michel ont défendu l’idée d’un référendum « non binaire » en 2022.
«Au prochain référendum, il n’est pas impossible qu’on arrive à un 51-49, dans un sens ou dans l’autre. » Philippe Gomès lance un avertissement aux quelque 200 personnes réunies dans le grand amphithéâtre de l’Université. « Le camp qui fait 49 %, que ce soit Kanaky ou les non indépendantistes, comment il vit son 49 % ? On ne peut plus rester dans cette logique, ça va nous péter à la figure. Il faut aller les uns vers les autres, donner une ultime chance au dialogue. »
Face à leurs militants, les figures de proue de Calédonie ensemble ont de nouveau défendu l’idée d’un « référendum de rassemblement », « non-binaire », pour « sortir de l’opposition frontale » entre oui et non.
« Pour cela, il faut modifier la Constitution. Avant octobre 2021, c’est impossible », estime Philippe Gomès, pour qui attendre septembre 2022 « vaut le coup ». Et si le dialogue est un échec ? « Les prochaines négociations à Paris sont mal engagées, c’est le moins que l’on puisse dire », concède-t-il. « Alors si le dialogue échoue, autant solder le truc le plus rapidement possible, avec un référendum en octobre 2021 », afin de « construire l’après Accord de Nouméa ».
Éviter « Kanaky pour solde de tout compte »
« Vous parlez pour nous d’un accord, mais qu’y a-t-il dedans ? », lance une militante.« Avez-vous une idée du contenu ? Vous n’en parlez pas du tout. »« Si l’on pose sur la table un projet tout prêt, il a neuf chances sur dix d’être jeté », répond Philippe Gomès.
« Le consensus ne se décrète pas, il se construit. Le concept est de conjuguer le oui et le non, la souveraineté et la République. Si on ne fait pas ce travail-là, on va se retrouver avec Kanaky pour solde de tout compte. Tant que les indépendantistes ne sont pas majoritaires dans le pays, on a une capacité à négocier. Mais s’ils sont majoritaires un jour, pourquoi négocieraient-ils avec nous ? »
« Le mur du creek Amick »
La vision est radicalement différente de la provincialisation défendue dernièrement au Sénat par Pierre Frogier, et relayée par Sonia Backès, notamment. L’idée est jugée très sévèrement par Philippe Michel. « Ça s’appelle la partition du pays. Est-ce que ce projet a une chance d’aboutir ? Jamais les indépendantistes n’accepteront un projet pareil », tacle l’ancien président de la province Sud, qui le juge « impensable, infaisable, incohérent ». « Pour que cela fonctionne, il faut des murs entre les trois provinces, comme le mur du creek Amick. »
Mais si les indépendantistes ne veulent plus d’un nouvel accord, « on fait quoi ? », interroge un homme dans l’assistance. « Ces postures-là, avant chaque négociation, on les a toujours eues », lui assure Philippe Michel. « Cela n’a pas empêché la conclusion des Accords. Tant qu’on pourra, on soutiendra l’idée que ça ne doit pas empêcher une sortie par le haut de l’accord de Nouméa, qui ne consacre pas la victoire d’un camp qui écrase l’autre. »





