03 juillet 2025 – Philippe GOMES, Retrouvez mon discours lors de l’ouverture du Sommet sur la Nouvelle-Calédonie, ce 02 juillet, au Palais de l’Elysée

Bonsoir à toutes et tous,
Retrouvez mon discours lors de l’ouverture du Sommet sur la Nouvelle-Calédonie, ce 02 juillet, au Palais de l’Elysée
« Il est tellement difficile de tendre la main et il est tellement
difficile d’accepter la main tendue ».
Monsieur le Président,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Ministre d’Etat, Ministre des Outre-mer,
Monsieur le Président du Sénat,
Madame la Présidente de l’Assemblée nationale,
Monsieur le Haut-commissaire,
Mesdames, Messieurs, représentants des formations politiques et des forces vives du pays,
Mesdames, Messieurs,
C’est le sommet de l’espoir auquel vous nous avez conviés, Monsieur le Président. Et l’attente des calédoniens est immense.
Un espoir qui doit absolument renaitre sur les cendres d’un pays qui, sans un Accord, poursuivra sa mort lente. Une mort lente politique, économique, sociale sécuritaire et sanitaire, car désormais les morts silencieuses succèdent aux morts du 13 mai.
La mort lente d’un vivre-ensemble calédonien et, au bout du compte, la mort lente, aussi, du lien avec la France.
10.000 calédoniens ont quitté le pays en 2024. Nous nous vidons de nos forces vives, de nos jeunes, de nos compétences, de nos entrepreneurs. Et, sans Accord, autant prendront la tangente dans l’année à venir. Comment leur en vouloir : chefs d’entreprises ou étudiants ne peuvent pas se projeter dans un pays qui ne leur offre aucun horizon.
Comment en est-on arrivé là ?
J’ai le souvenir précis et chaleureux de votre première visite en mai 2018, Monsieur le Président, à la veille du premier referendum.
Visite autour de laquelle vous nous aviez appelé – je vous cite – « à ne pas faire reculer l’histoire. »
Vous souligniez lors de votre discours au théâtre de l’Ile, – je vous cite toujours – « ce passé qui pèse comme un couvercle ». Sachez que depuis le 13 mai, il pèse encore plus lourd.
« L’histoire ne doit pas bégayer » disiez-vous enfin.
Monsieur le Président, le constat aujourd’hui, c’est que l’histoire a bégayé, que l’histoire a reculé. Je n’exercerai pas là un droit d’inventaire, ce n’est ni le lieu, ni le moment.
Monsieur le Président, l’immense mérite des Accords de Matignon c’est d’avoir fait entrer la revendication kanak dans un lit démocratique. Or, pour la première fois depuis 36 ans, elle est sortie de son lit. Cette marche arrière le pays l’a payé cash. Il est désormais impératif de faire avancer l’histoire et ce sommet nous en donne une ultime occasion.
Quelles sont désormais les options ?
Il n’y en a qu’une : celle d’un Accord. Et l’Accord institutionnel est le préalable à toute reconstruction économique et sociale du pays.
Le projet de « souveraineté avec la France » qui a été mis sur la table à Deva est une voie qui mérite d’être explorée, en négociant notamment ses modalités de mise en œuvre ainsi que ses délais.
C’est un projet qui répond à l’aspiration à la souveraineté des indépendantistes permettant ainsi une nouvelle naissance des relations entre la Nouvelle-Calédonie et la France.
Un projet qui répond aussi au besoin de protection de la France à laquelle aspire une grande partie de la population calédonienne indépendantiste et non indépendantiste. Un besoin de protection qui doit s’inscrire dans des liens organiques entre la France et la Nouvelle-Calédonie, des liens constitutionnels des liens régaliens, ainsi que des liens sur la nationalité française qui doit être de droit pour tous les calédoniens.
Ces liens organiques, eu égard à l’histoire du pays, sont indispensables. François Mitterrand ne disait il pas déjà, en 1988, dans sa lettre aux français « Le garant de la paix, ne peut être que la République française. Il n’est pas d’autre arbitre. Je n’énonce pas là un principe, je constate un fait et ce fait commande le salut de tous ».
L’enjeu aujourd’hui, c’est de savoir conjuguer nos deux rêves pour une même terre.
Donnons encore une chance à la Nouvelle-Calédonie.
Donnons encore une chance à la France.
Donnons-nous encore une chance à la Nouvelle-Calédonie de poursuivre son chemin avec la France dans un climat apaisé.
Donnons-nous une chance en instaurant une « période de stabilisation » nous permettant de nous reconstruire économiquement et socialement, mais aussi en termes de vivre-ensemble. Le pays a besoin de souffler après toutes ces épreuves.
Donnons-nous une chance au bout de cette période de stabilisation de bâtir une nouvelle fois « un projet d’avenir partagé » coconstruit entre indépendantistes et non indépendantistes. Tentons de construire ce « OUI » collectif dont nous avons tant besoin.
Peut-être qu’à ce moment là de l’histoire, une nouvelle génération aura l’intelligence collective de s’engager dans cette voie.
Celle qui a fait cruellement défaut à notre génération.
Monsieur le Président, lors de la signature des accords de Matignon, François Mitterrand avait parlé je cite – « d’un acte de courage et de lucidité ». Lors de la signature de l’Accord de Nouméa – je cite toujours – Michel Rocard avait salué « un acte de civilisation ». C’est l’ambition qui doit être la nôtre dans les prochains jours : construire un consensus qui témoigne à la fois de notre courage et de notre lucidité, un consensus qui soit aussi un acte de civilisation.
Un consensus dont le Président du Sénat et la Présidente de l’Assemblée nationale avaient tracé les contours lors de leur venue en Nouvelle-Calédonie. Gérard Larcher ne disait-il pas : « Il est illusoire de s’attacher à une conception trop juridique ou trop doctrinale de la notion de souveraineté car dans notre monde du Pacifique à l’Europe, il n’existe que des souverainetés partagées »
Dans le même sens, Yaël Braun-Pivet n’affirmait-elle pas qu’il s’agissait « de dessiner les contours d’une future souveraineté qui se conjugue au pluriel et dans laquelle chacun trouve sa place et sa reconnaissance mutuelle ».
« Il est tellement difficile de tendre la main, et, il est tellement difficile d’accepter la main tendue ».
C’est ainsi que vous concluiez Monsieur le Président, votre discours au Théâtre de l’Ile le 5 mai 2018.
Il est désormais plus que temps de savoir tendre la main et de saisir la main tendue. Ce sommet nous en offre une ultime chance.

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