DISCOURS DE PHILIPPE GOMES ELU DU CONGRES DE LA NOUVELLE-CALEDONIE, ANCIEN DEPUTE, PRESIDENT DU GOUVERNEMENT ET PRESIDENT DE LA PROVINCE SUD, DEVANT LE COMITE DES 24 DE L’ONU (NEW-YORK LE 12 JUIN 2023)
Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs les membres du comité des 24,
Au lendemain de la visite positive en Nouvelle-Calédonie du Ministre de l’Intérieur et des Outre-mer et à l’orée de la venue du Président de la République en juillet prochain dans notre pays, j’ai la responsabilité de porter devant vous la parole de Calédonie Ensemble, formation politique non indépendantiste.
Comme vous le savez, après 35 années, nous arrivons au terme du processus des accords de Matignon et de Nouméa en 2024.
L’audit de la décolonisation réalisé par l’Etat à la demande du FLNKS, rendu public ces derniers jours, auquel participait, en tant que personnalité qualifiée, Madame Keisha Mc Guire ancienne présidente du Comité des 24, témoigne du chemin considérable que nous avons accompli sur la voie de l’émancipation.
Mais, désormais, une nouvelle ère doit s’ouvrir pour notre territoire.
Notre devoir, pour favoriser l’émergence de cette nouvelle ère, c’est en premier lieu, de respecter le triptyque qui nous a permis de vivre ensemble et en paix depuis 1988 :
L’indépendance ce n’est pas une formation politique qui la décrète. C’est le peuple souverain qui la décide.
Mais le respect n’est pas à sens unique. Il doit être mutuel. Les convictions des 47% de calédoniens qui se sont exprimés pour l’indépendance lors du deuxième référendum ont droit – aussi – au respect.
Dialogue entre l’Etat, les indépendantistes et les non indépendantistes, les calédoniens étant souverains sur leur destin.
Mais ce discours de la méthode ne peut suffire à lui seul car on n’écrit pas sur une page blanche.
Cette nouvelle page de notre histoire prendra sa place dans le grand livre du pays avec ses 3000 années de civilisation kanak, ses 135 ans de colonisation, ses 35 années d’accords et les enseignements que nous avons su en tirer.
Cette unité a été fragilisée par la séquence référendaire. Un travail de réconciliation de nos mémoires s’impose plus que jamais.
Mais notre peuple devra aussi accepter de s’enrichir d’apports nouveaux en s’ouvrant au « calédoniens d’adoption » qui pourront ainsi participer à la vie démocratique du pays.
Une société calédonienne plus juste sera une société calédonienne plus sereine.
Dans la résolution adoptée le 16 décembre dernier par l’Assemblée générale de l’ONU vous avez rappelé – je vous cite – que la Nouvelle-Calédonie « se trouve désormais dans la phase la plus critique de son développement ». C’est incontestablement le cas.
Le Président de la République, François MITTERAND, dans son message à l’Assemblée Nationale relatif au référendum sur les Accords de Matignon en 1988 disait ceci – je cite – : » S’il est malheureusement fréquent d’observer dans l’histoire l’enchainement de la violence conduire des communautés divisées jusqu’à la guerre civile et à son cortège de haines inexpiables, plus rares sont celles qui, prenant conscience de la course à l’abîme dans laquelle elles sont engagées, accomplissent sur elles-mêmes l’effort d’en arrêter le cours. Cet acte de courage et de lucidité, nos compatriotes de Nouvelle-Calédonie ont su le faire ».
À l’ONU, plus qu’ailleurs je crois, cette phrase a une résonance particulière.
Œuvrons, chacun à notre place, afin qu’une nouvelle fois, nous sachions faire œuvre collectivement « de courage et de lucidité ».
Je vous remercie.






