13 juin 2023 – DISCOURS DE PHILIPPE GOMES ELU DU CONGRES DE LA NOUVELLE-CALEDONIE

DISCOURS DE PHILIPPE GOMES ELU DU CONGRES DE LA NOUVELLE-CALEDONIE, ANCIEN DEPUTE, PRESIDENT DU GOUVERNEMENT ET PRESIDENT DE LA PROVINCE SUD, DEVANT LE COMITE DES 24 DE L’ONU (NEW-YORK LE 12 JUIN 2023)
Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs les membres du comité des 24,
Au lendemain de la visite positive en Nouvelle-Calédonie du Ministre de l’Intérieur et des Outre-mer et à l’orée de la venue du Président de la République en juillet prochain dans notre pays, j’ai la responsabilité de porter devant vous la parole de Calédonie Ensemble, formation politique non indépendantiste.
Comme vous le savez, après 35 années, nous arrivons au terme du processus des accords de Matignon et de Nouméa en 2024.
L’audit de la décolonisation réalisé par l’Etat à la demande du FLNKS, rendu public ces derniers jours, auquel participait, en tant que personnalité qualifiée, Madame Keisha Mc Guire ancienne présidente du Comité des 24, témoigne du chemin considérable que nous avons accompli sur la voie de l’émancipation.
Mais, désormais, une nouvelle ère doit s’ouvrir pour notre territoire.
Notre devoir, pour favoriser l’émergence de cette nouvelle ère, c’est en premier lieu, de respecter le triptyque qui nous a permis de vivre ensemble et en paix depuis 1988 :
📌 La première branche de ce triptyque calédonien c’est le respect. Le respect des résultats démocratiques des trois référendums – d’abord – qui ont clairement manifesté la volonté majoritaire des calédoniens de « demeurer au sein de la grande case de la République Française ».
L’indépendance ce n’est pas une formation politique qui la décrète. C’est le peuple souverain qui la décide.
Mais le respect n’est pas à sens unique. Il doit être mutuel. Les convictions des 47% de calédoniens qui se sont exprimés pour l’indépendance lors du deuxième référendum ont droit – aussi – au respect.
📌 La deuxième branche de notre triptyque c’est le dialogue.
Dialogue entre l’Etat, les indépendantistes et les non indépendantistes, les calédoniens étant souverains sur leur destin.
📌 La troisième branche de notre triptyque c’est le consensus, accomplissement ultime de notre dialogue. Le consensus c’est le mode de décision en Océanie. Et les accords de Matignon et de Nouméa sont le fruit d’un consensus. Historiquement, culturellement, politiquement le consensus s’impose à nous. Tout passage en force, dès lors que les parties se comportent sincèrement, constituerait une grave erreur. C’est le sens de la lettre adressée au député Philippe Dunoyer et au sénateur Gérard POADJA par le Président de la République Emmanuel MACRON le 22 mai dernier. Le Président insistait sur – je cite – « la nécessité de s’accorder sur des institutions pérennes et consensuelles (…) et cela dans le respect mutuel et l’esprit de concorde ».
Mais ce discours de la méthode ne peut suffire à lui seul car on n’écrit pas sur une page blanche.
Cette nouvelle page de notre histoire prendra sa place dans le grand livre du pays avec ses 3000 années de civilisation kanak, ses 135 ans de colonisation, ses 35 années d’accords et les enseignements que nous avons su en tirer.
🎯 Poursuivre « l’émancipation » de notre terre d’abord. Cette voie, celle de la « souveraineté partagée » entre la France et la Nouvelle-Calédonie, doit continuer à s’épanouir, y compris pour certaines compétences régaliennes, comme l’a affirmé, il y a quelques jours, le Ministre de l’Intérieur et des Outre-mer.
🎯 Conforter l’unité du « peuple calédonien », ensuite.
Cette unité a été fragilisée par la séquence référendaire. Un travail de réconciliation de nos mémoires s’impose plus que jamais.
Mais notre peuple devra aussi accepter de s’enrichir d’apports nouveaux en s’ouvrant au « calédoniens d’adoption » qui pourront ainsi participer à la vie démocratique du pays.
🎯 Réaffirmer de manière forte que la nouvelle Calédonie doit rester « une et indivisible ». Toute tentative de partition ou d’hyper-provincialisation – équivalente à une forme d’apartheid géographique, ethnique, politique et social – est vouée à l’échec.
🎯 Réinventer le droit à l’autodétermination. Il nous faut sortir des référendums binaires qui nous fracturent. Et apprendre à construire entre indépendantistes et non indépendantistes – lorsque le temps sera venu – un référendum de projet qui nous rassemblera.
🎯 Lutter contre les inégalités qui ossifient notre société enfin.
Une société calédonienne plus juste sera une société calédonienne plus sereine.
Dans la résolution adoptée le 16 décembre dernier par l’Assemblée générale de l’ONU vous avez rappelé – je vous cite – que la Nouvelle-Calédonie « se trouve désormais dans la phase la plus critique de son développement ». C’est incontestablement le cas.
Le Président de la République, François MITTERAND, dans son message à l’Assemblée Nationale relatif au référendum sur les Accords de Matignon en 1988 disait ceci – je cite – :  » S’il est malheureusement fréquent d’observer dans l’histoire l’enchainement de la violence conduire des communautés divisées jusqu’à la guerre civile et à son cortège de haines inexpiables, plus rares sont celles qui, prenant conscience de la course à l’abîme dans laquelle elles sont engagées, accomplissent sur elles-mêmes l’effort d’en arrêter le cours. Cet acte de courage et de lucidité, nos compatriotes de Nouvelle-Calédonie ont su le faire ».
À l’ONU, plus qu’ailleurs je crois, cette phrase a une résonance particulière.
Œuvrons, chacun à notre place, afin qu’une nouvelle fois, nous sachions faire œuvre collectivement « de courage et de lucidité ».
Je vous remercie.

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