15 juillet 2024 – LA SUSPENSION DES PAIEMENTS DE L’AMG ET L’INSTAURATION D’UN TICKET MODERATEUR POUR LES LONGUES MALADIES : UN ACTE DE BARBARIE

C’est une séance spéciale de l’Assemblée de la province Sud : Une séance anti pauvres, anti malades, anti-océaniens, anti-habitants des quartiers populaires, anti-boursiers, anti-personnes âgées, anti travailleurs modestes.
Des « ajustements financiers » qui tapent sur les mêmes, toujours sur les mêmes, les plus fragiles, les plus vulnérables, les plus défavorisés.
En réalité, cette séance, c’est l’acte I de l’apartheid que la présidente de la province Sud a développé dans son discours de dimanche soir. Mais, au lieu d’assumer cette ligne politique, tout au long de l’assemblée, l’exécutif n’a cessé de tournicoter, d’édulcorer, ou d’éviter le sujet.
Dans cette nouvelle folie loyaliste, après le référendum qu’on devait gagner « beaucoup plus largement » et « le bordel » qui devait être mis par ceux-là mêmes qui aujourd’hui l’ont subi, un texte constitue une pierre emblématique sur le chemin : celui relatif à l’aide médicale.
Le 11ème alinéa du préambule de la Constitution de 1946 dispose que la nation « garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et au vieux travailleurs, la protection de la santé ». Au fil du temps, cette garantie constitutionnelle s’est étendue à toute la population sans distinction d’âge, d’état de santé, de niveau de revenus, d’éducation ou de résidence.
Cette égalité d’accès à la protection de la santé intègre bien évidemment une accessibilité financière aux soins, sans laquelle elle serait vidée de son contenu.
Le dispositif d’aide médicale gratuite, applicable dans chacune des provinces, constitue le prolongement de ce principe constitutionnel.
Il vise à permettre l’accès aux soins, aux personnes les plus défavorisées de notre pays, aux sans emploi, aux travailleurs modestes.
Ainsi, pour bénéficier du dispositif, une personne seule, doit disposer de revenus inférieurs au SMAG (138 000 XPF/ mois), et un ménage de revenus inférieurs à 120% du SMAG (plus 20% par enfant mineur à charge).
26 000 Calédoniens – de toutes origines – sont admis aujourd’hui à ce régime.
Décider de sa suspension comme Sonia Backès l’a annoncé il y a quelques jours, sans aucune concertation de l’assemblée de province, constitue un acte de « barbarie ».
Monter les Calédoniens les uns contre les autres – les agents publics de la province Sud contre les ressortissants de l’aide médicale – est odieux.
Mettre les professionnels de santé dans la situation de devoir refuser ou accepter ceux qui relèvent de l’aide médicale, parce qu’ils ne pourront pas être payés de leurs prestations, ou en partie, ou dans des délais inconnus, est indigne.
Vous avez décidé de prendre le risque d’abréger la vie des dialysés, vous avez décidé de prendre le risque d’abréger la vie des cancéreux et de tous ceux qui sont en longue maladie et qui relèvent de l’aide médicale et dont les dépenses ne seront désormais plus, en partie ou en totalité, assumées par la collectivité.
Et au-delà des longues maladies, vous avez décidé d’aggraver l’état de santé de tous ceux qui ne pourront payer sur leurs propres deniers leurs dépenses médicales.
Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il n’y avait pas d’autre choix. Existe-t-il une autre politique provinciale qui, si elle n’est pas financée, peut conduire les Calédoniens à mourir ? Non. Qui peut nous faire croire que la trésorerie de la province Sud ne pouvait pas être faite sur d’autres opérations ?
La question n’est pas de nier les contraintes budgétaires.
Mais le travail de la province aurait dû consister dans la recherche d’économies sur les autres dépenses d’interventions provinciale qui s’élèvent à plus de 17 milliards FCFP, ainsi que sur le programme d’investissement (de 10 milliards) ou sur la quête d’autres recettes. La même démarche aurait dû être engagée en ce qui concerne la trésorerie de la collectivité.
Mais il est plus facile de taper sur les plus pauvres du pays, sur ceux qui n’ont pas d’emploi ou qui travaillent à temps partiel, sur ceux qui sont en majorité d’origine kanak, océanienne ou métissé, sur ces employés et ouvriers de toutes ethnies qui sont au salaire minimum avec 2, 3 ou 4 enfants à charge.
Quant au ticket modérateur à hauteur de 20% – ramené à 10% en séance…- qui nous est proposé par délibération de ce jour, il s’appliquera, contrairement au précédent ticket modérateur, à tous les ressortissants de l’aide médicale, y compris ceux qui sont en longue maladie.
Ce qui n’est le cas dans aucun régime de protection sociale du pays, ni dans le RUAMM, ni dans les aides médicales du Nord et des Iles. C’est une rupture majeure par rapport au principe posé par la Constitution de la République applicable sur l’ensemble du territoire français, celui de l’accessibilité financière aux soins.
Ainsi dès l’adoption de ce texte, une personne qui effectue sa dialyse ou qui suit un traitement anti cancéreux en dehors de l’hôpital, ne sera pas en situation financière de le poursuivre.
Comment un Calédonien pourra-t-il payer 50 000 XPF à 100 000 XPF de dialyse ou de traitement anti cancéreux par mois, quand il n’a pas de revenus, ou uniquement le montant des allocations de chômages, ou des revenus du travail qui sont, en tout état de cause, inférieurs à 138 000 XPF ?
Nous ne voterons en aucune manière cet acte de « barbarie » commis par une collectivité de la République à l’égard de ses ressortissants les plus fragiles. Et nous engagerons les recours requis pour mettre un terme à cette indignité.


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